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Yannis Youlountas

Climat

« Réchauffement planétaire de 1.5°C » (rapport du GIEC d'octobre 2018)
 COP24 (décembre 2018)

Limiter le réchauffement du globe à 1,5°C est vital pour nombre de populations humaines et autres. En octobre 2018, le GIEC a publié un rapport Réchauffement planétaire de 1.5°C, un rapport commandé lors des négociations de la 21e Conférence des Parties (COP21 à Paris en 2015) ; il fait le point sur les conséquences d'un tel réchauffement en comparaison avec un réchauffement de 2°C. Comment y arriver, sous quels scénarios ? Selon le rapport, c’est encore possible à condition de mettre en œuvre des transformations radicales et rapides dans tous les domaines de notre société.

Toutefois, à l’origine de ce nième rapport du GIEC, il y a un biais de taille qui jette le trouble sur ses conclusions et scénarios. C’est après la COP21 de Paris en 2015 que les Nations unies ont commandité aux scientifiques du climat réunis dans le GIEC* un « rapport spécial » proposant des moyens « réalisables » de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré tout en soutenant la croissance économique et en réalisant les objectifs de développement durable (sic) de l'ONU.

Pourtant, l’histoire, de la révolution industrielle à nos jours, montre que l’augmentation du principal gaz à effet de serre, le gaz carbonique, est indubitablement lié à la croissance du PIB mondial, lui-même lié à la croissance de la consommation de l’énergie et des matières premières, et qu’il n’y a jamais eu de « découplage » entre les deux (c’est bien une des raisons pour lesquelles un des fondements du projet de la décroissance est la « réduction radicale des flux d’énergie et de matières »). De plus, en 1972, le rapport Meadows** a formellement établi que tout scénario de croissance menait à l’effondrement de la société industrielle du fait de l’épuisement des ressources non renouvelables.

C’est bien pourquoi les scénarios proposés dans ce rapport ne peuvent être crédibles. Ils font d’ailleurs appel pour l’essentiel à des techniques de capture de carbone dont le potentiel est tout théorique, même en supposant qu’elles seraient faisables à l’échelle industrielle, ce qui n’est pas plus démontré. C’est dit autrement par l’European Academies Science Advisory Council, le regroupement des académies nationales des sciences des pays de l’Union européenne, dans un rapport publié en février 2018 : il considère que « se reposer sur les TEN*** pour compenser l’échec des réductions d’émissions aurait des implications sérieuses pour les générations futures ».

On comprend que la classe des dirigeants et des puissants de ce monde ne puisse se résoudre à changer un système qui lui est avantageux et considère que la mise en cause de la croissance est politiquement inacceptable. On comprend moins pourquoi les scientifiques du GIEC se sont prêtés à ce jeu de dupe, postposant une éventuelle réponse efficace au défi climatique.

___
* GIEC : Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (IPCC en anglais, Intergovernmental Panel on Climate Change).
** Ou rapport du Club de Rome, actualisé et réédité en 1993 et 2004. Il présente une série de scénarios d’évolution possible de notre monde sur base de différentes conditions initiales (croissance ou non, innovation technique radicale ou non, empreinte écologique, indice de bien-être humain, etc.). Ces scénarios sont produits par un modèle informatique.
*** TEN : « technologies à émissions négatives », c’est-à-dire, qui permettraient de retirer du carbone de l’atmosphère.

Plus d’information :

Caricature de Charles Michel : Magixl

2015, COP21

Des articles publiés sur le site du mpOC-Liège autour de la COP21 (30 novembre 2015), extrait de la lettre du 12 novembre 2015.

C'est ce samedi que se déroulera le Contre Sommet mondial sur le Climat organisé par le journal La Décroissance en réaction à cette vingt et unième farce qui se prépare à Paris fin de cette année, la COP-21, la 21e conférence des parties sur le climat(1) : ces 21 conférences internationales sur le climat mises bout à bout auront duré plus d'une année alors qu'aujourd'hui, 20 ans après la première de ces conférences, la production de gaz à effet de serre d'origine anthropique a augmenté de plus de 60 % avec pour résultat une augmentation de la température moyenne à la surface du globe de 0,9 °C(2), une élévation du niveau des mers qui va en s'accélérant(3), des conséquences déjà dramatiques pour des millions de personnes dans le monde et la destruction croissante des écosystèmes. Comment croire un seul instant à l'utilité de ces COP alors que les mêmes qui négocient sur le climat font le forcing pour mettre en place des traités de libre-échange bilatéraux comme le TTIP et l'AECG(4) qui vont exactement à l'opposé de ce qu'il faudrait faire tant pour le climat que pour aller vers des sociétés plus démocratiques, équitables et durables ?

[...]

Propositions de lecture

Dans le Monde diplomatique de ce mois de novembre (en kiosques), un dossier consacré au climat, Comment éviter le chaos climatique ? Quelques extraits :

Introduction (Comment éviter le chaos climatique ?)

La planète Terre a connu des climats plus chauds qu’aujourd’hui ou beaucoup plus froids, des océans à un niveau plus élevé ou considérablement plus faible. Mais c’était bien avant qu’elle abrite 7,3 milliards d’êtres humains. Sans un sursaut pour maîtriser rapidement leurs causes, les dérèglements en cours promettent le chaos.

Les 196 Etats réunis pour la conférence de Paris (COP21) du 30 novembre au 11 décembre doivent trouver un accord visant à réduire puis à neutraliser les émissions de gaz à effet de serre avant qu’il ne soit trop tard. Mais, en dépit de signaux de plus en plus inquiétants, les engagements des pays industrialisés ne sont toujours pas à la hauteur de l’enjeu.

Or, les découvertes sur le climat du passé ont permis d’établir un lien entre les activités humaines et le réchauffement (Au commencement étaient les bulles d’air de l’Antarctique). Accepter un dépassement de plus de 1,5 à 2 °C serait prendre le risque d’une course à l’abîme (Deux degrés de plus, deux degrés de trop)...

Tous responsables ?

L’exploitation des ressources fossiles a provoqué l’avènement d’une nouvelle ère géologique. Une prouesse des nations industrialisées et de leurs élites, qui ont bâti leur suprématie sur des échanges écologiques inégaux.
Christophe Bonneuil (un des contributeurs du livre cité ci-dessus, Crime Climatique Stop !)

Anthropocène : ce mot désigne une nouvelle époque de l’âge de la Terre, ouverte par une humanité devenue force tellurique. Le point de déclenchement de ce nouvel âge géohistorique reste sujet à controverse : la conquête et l’ethnocide de l’Amérique ? la naissance du capitalisme industriel, fondé sur les énergies fossiles ? la bombe atomique et la « grande accélération » d’après 1945 ? Mais il y a du moins un constat sur lequel les scientifiques s’accordent : bien plus qu’une crise environnementale, nous vivons un basculement géologique, dont les précédents — la cinquième crise d’extinction, il y a 65 millions d’années, ou l’optimum climatique du miocène, il y a 15 millions d’années — remontent à des temps antérieurs à l’apparition du genre humain. D’où une situation radicalement nouvelle : l’humanité va devoir faire face dans les prochaines décennies à des états du système Terre auxquels elle n’a jamais été confrontée.

L’anthropocène marque aussi l’échec d’une des promesses de la modernité, qui prétendait arracher l’histoire à la nature, libérer le devenir humain de tout déterminisme naturel. A cet égard, les dérèglements infligés à la Terre représentent un coup de tonnerre dans nos vies. Ils nous ramènent à la réalité des mille liens d’appartenance et de rétroaction attachant nos sociétés aux processus complexes d’une planète qui n’est ni stable, ni extérieure à nous, ni infinie. En violentant et en jetant sur les routes des dizaines de millions de réfugiés (22 millions aujourd’hui, 250 millions annoncés par l’Organisation des Nations unies en 2050), en attisant injustices et tensions géopolitiques. le dérèglement climatique obère toute perspective d’un monde plus juste et solidaire, d’une vie meilleure pour le plus grand nombre. Les fragiles conquêtes de la démocratie et des droits humains et sociaux pourraient ainsi être annihilées.

Cette logique d’accumulation a tiré toute la dynamique de transformation de la terre

Mais qui est cet anthropos à l’origine de l’anthropocène, ce véritable(...)

Croissance, un culte en voie de disparition

Quand bien même la croissance reviendrait dans les pays développés, elle empêcherait d’atteindre les objectifs climatiques. D’autres chemins vers le progrès humain méritent d’être explorés).
Jean Gadrey

Il existe de multiples explications à la « baisse tendancielle du taux de croissance » observée depuis plusieurs décennies dans les pays riches, et plus récemment dans les pays émergents. Même des économistes médiatiques commencent timidement à envisager l’hypothèse d’un monde sans croissance, du moins dans les pays dits avancés. C’est le cas, aux Etats-Unis, de Paul Krugman et de Larry Summers, pour qui « une stagnation séculaire est plausible  ». En France, Thomas Piketty nous met lui aussi en garde : « Est-il bien raisonnable de miser sur le retour de la croissance pour régler tous nos problèmes ? Cela ne résoudra pas l’essentiel des défis auxquels les pays riches doivent faire face. » A son tour, Daniel Cohen nous exhorte : « Affranchissons-nous de notre dépendance à la croissance. »

Quelques hirondelles ne font pas le printemps, mais ces exemples ne sont pas insignifiants, bien qu’aucun ne fasse intervenir un facteur explicatif essentiel : l’épuisement, déjà en cours, de la plupart des ressources naturelles de la croissance. Matthieu Auzanneau, spécialiste du pic pétrolier, et Philippe Bihouix, expert des ressources fossiles et des minerais, en ont livré des constats rigoureux.

Pourtant, le culte de la croissance est à ce point ancré dans l’esprit des dirigeants politiques que, même lorsqu’ils tiennent des discours enflammés sur la lutte contre le changement climatique, ils s’empressent de rappeler qu’elle demeure un impératif. M. François Hollande a donné le ton lors de son intervention à Sassenage, en Isère, en août 2015 : « Vous savez que la France va accueillir la Conférence sur le climat ; elle doit donc être exemplaire. En même temps, la transition énergétique, l’enjeu climatique, est aussi un défi pour la croissance. La croissance, nous voulons la soutenir, la stimuler. En définitive, elle est là dès lors que nous utilisons les outils de la transition énergétique. » Le président français a ensuite prononcé le mot « croissance » quatorze fois en(...)

Autres articles

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Bill McKibben est à l’origine de l'association 350.org. Né il y a quelques années, ce mouvement a remporté la bataille contre l’oléoduc Keystone XL, aux Etats-Unis, et lancé la campagne de désinvestissement des industries fossiles.

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Collectif (mpOC, Vega,...) - novembre 2015
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Diaporama avec un chapitre sur le climat.

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CEO - octobre 2015
[...]Mais un accord de libre-échange menace de nous conduire dans la direction exactement contraire, et d’organiser la main-mise des multinationales sur notre capacité à orchestrer la transition énergétique nécessaire pour répondre à la crise climatique. TAFTA ou TTIP, le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, actuellement en cours de négociation entre l’Union européenne et les États-Unis, donne aux entreprises des droits exceptionnels et inédits qui pourraient tuer dans l’oeuf toute perspective de solution climatique – et nous enfermer dans le scénario actuel[...]

Ensemble, nous pouvons refroidir la planète !
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Script d'un film d’animation de 15 minutes, avec le lien pour le voir.

Articles en anglais

Disastrous Sea Level Rise Is an Issue for Today's Public -- Not Next Millennium's
James Hansen - juillet 2015

Trade deals. Boosting climate change: the food factor
GRAIN - octobre 2015
The climate talks in Paris in December this year are viewed as a last chance for the world’s governments to commit to binding targets that might halt our march towards catastrophe. But in the countdown to Paris, many of these same governments have signed or are pushing a raft of ambitious trade and investment deals that would pre-empt measures that they could take to deal with climate change.

The Problem of Agriculture
Extraits du livre de Robert Jensen, Plain Radical (Living, Loving, and Learning to Leave the Planet Gracefully), 2015.
[...]Agriculture’s destructive capacity was ramped up by the industrial revolution that began in the last half of the 18th century in Great Britain, which intensified the magnitude of the human assault on ecosystems. This revolution unleashed the concentrated energy of coal (and eventually oil and natural gas)[...]
The fact that agriculture is failing takes many by surprise, given the dramatic increase in yields made possible by that industrialization of farming and the use of those fossil-fuel based fertilizers, herbicides, and pesticides. But this is what Jackson has called “the failure of success”: Production remains high while the health of the soil continues to decline dramatically, and so short-term success masks the long-term unsustainability of the system[...]